Focalization
Imaginez la même scène — une jeune femme entre dans une gare bondée — racontée trois fois.
Dans la première version, le narrateur sait tout : ce qu'elle pense, le passé du contrôleur, l'orage qui se prépare à cent kilomètres de là.
Dans la deuxième, on ne quitte pas son regard à elle : on entend ce qu'elle entend, on ressent son trac, et rien d'autre.
Dans la troisième, on ne voit qu'une silhouette qui s'avance — comme à travers la vitre d'un café d'en face.
Ces trois versions ne diffèrent ni par les faits, ni par les mots, ni par la grammaire. Elles diffèrent par la focalisation : le point de vue depuis lequel l'histoire est racontée. C'est l'un des outils les plus puissants du romancier, et l'un des plus discrets — tellement discret qu'on le subit souvent sans le repérer.